POTA France dans la tourmente : pourquoi des milliers de références françaises pourraient disparaître
Le programme Parks on the Air (POTA) traverse une importante crise en France. Le 14 août 2026, Laurent Borde, F5PYI, représentant cartographique de POTA pour la France depuis 2023, a annoncé sa démission immédiate après une décision du Board de POTA concernant les ZNIEFF, les Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique.
Selon F5PYI, cette décision pourrait entraîner le retrait d’environ 85 % des références POTA françaises. Une situation spectaculaire qui provoque naturellement incompréhension et inquiétude chez les radioamateurs ayant activé ou chassé ces références au cours des dernières années.
Mais derrière la polémique se trouve une question administrative beaucoup plus complexe : qu’est-ce qui peut réellement être considéré comme un « parc » par POTA ?
Et surtout : les ZNIEFF françaises correspondent-elles aux critères établis par un programme international dont les règles ont largement été conçues autour de l’organisation administrative nord-américaine ?
Une démission qui met le feu aux poudres
Dans un long message publié sur le groupe Facebook officiel POTA France, qui rassemble environ 1 200 membres, Laurent Borde annonce quitter ses fonctions de représentant cartographique français.
Il affirme avoir consacré trois années au développement du programme en France et avoir référencé plus de 12 500 parcs, tout en participant également à la création de références dans de nombreux autres pays.
Le point de rupture serait une demande du Board de POTA visant à retirer les références correspondant aux ZNIEFF françaises.
Selon les chiffres communiqués par F5PYI, POTA France compterait actuellement 14 411 références et environ 85 % d’entre elles seraient concernées par cette décision.
Il estime également qu’environ 5 946 logs d’activation et 291 327 QSO sont associés aux références visées, soit près de la moitié de l’activité française enregistrée dans POTA.
Ces chiffres proviennent pour l’instant de POTA France et de F5PYI. Nous n’avons pas trouvé, au moment de la rédaction de cet article, de communication publique du Board international confirmant précisément l’ampleur annoncée de la suppression.
Mais au fait, qu’est-ce qu’une ZNIEFF ?

C’est ici que le dossier devient plus compliqué qu’un simple conflit entre POTA France et la direction américaine du programme.
Une ZNIEFF n’est pas un parc au sens administratif du terme.
Les Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique constituent avant tout un inventaire scientifique du patrimoine naturel français. Elles permettent d’identifier des secteurs présentant un intérêt biologique ou écologique particulier.
Le dispositif est national : il est placé sous l’autorité du ministère chargé de l’Environnement, avec la responsabilité scientifique du Muséum national d’Histoire naturelle et l’intervention des DREAL dans les régions.
Cela donne aux ZNIEFF une reconnaissance institutionnelle incontestable.
Mais reconnaissance institutionnelle ne signifie pas nécessairement statut de protection juridique.
La DREAL rappelle elle-même que les ZNIEFF ne sont pas, à elles seules, des espaces légalement protégés. Elles servent notamment d’outil de connaissance et peuvent être prises en compte dans les décisions environnementales ou d’urbanisme.
Cette distinction est essentielle pour comprendre le conflit actuel.
Ce que disent réellement les règles de POTA

La documentation officielle de Parks on the Air établit trois grands critères pour l’ajout de nouvelles références.
Le premier est particulièrement important dans l’affaire française : les nouveaux parcs doivent être possédés et exploités par les deux niveaux de gouvernement les plus élevés du pays concerné, l’équivalent dans le modèle nord-américain des niveaux fédéral et État/province.
POTA demande également l’existence d’une documentation officielle permettant notamment d’identifier les limites du parc.
Enfin, le programme évite normalement de créer des sous-références lorsqu’elles dépendent de la même administration.
Le problème apparaît immédiatement : une ZNIEFF décrit un territoire présentant un intérêt écologique, mais l’ensemble des terrains situés à l’intérieur de ses limites n’appartient pas nécessairement à l’État français.
Une ZNIEFF peut couvrir des propriétés publiques comme privées et ne constitue pas, en elle-même, une structure gestionnaire comparable à un parc national.
À la lecture stricte des règles actuellement publiées par POTA, la position du Board n’est donc pas dépourvue de fondement.
Une jurisprudence française à interpréter avec prudence
Dans sa lettre de démission, F5PYI évoque notamment la décision du Conseil d’État du 3 juin 2020 concernant la commune de Piana, référence n°422182.
Cette jurisprudence mérite d’être examinée attentivement car elle ne semble pas établir que les ZNIEFF seraient juridiquement équivalentes à des espaces naturels protégés.
Le Conseil d’État considère au contraire qu’une ZNIEFF constitue un outil d’inventaire scientifique du patrimoine naturel permettant notamment d’apprécier l’intérêt environnemental d’un secteur.
Mais il précise également que les ZNIEFF sont, par elles-mêmes, dépourvues de portée juridique et d’effets.
Cela ne signifie pas qu’une ZNIEFF soit administrativement insignifiante. Sa présence peut avoir une importance considérable dans l’évaluation environnementale d’un projet et dans l’application d’autres législations.
Mais juridiquement, inventorier un espace et protéger réglementairement cet espace sont deux choses différentes.
C’est probablement l’un des points centraux du désaccord entre POTA France et le Board international.
Des règles américaines face aux réalités administratives européennes
L’affaire soulève néanmoins une autre question, et POTA lui-même semble en avoir conscience.
Sa documentation destinée aux Mapping Representatives comporte une section consacrée précisément à l’application des règles dans les différents pays.
POTA y reconnaît que des règles conçues dans un contexte américain ne sont pas nécessairement transposables telles quelles partout dans le monde. Certains pays ne possèdent pas les mêmes niveaux administratifs et leurs espaces naturels peuvent être financés, possédés ou gérés selon des systèmes très différents.
POTA indique que la manière d’adapter ces critères aux autres pays relève finalement de la direction du programme.
C’est une nuance importante.
Le problème français ne se résume donc probablement pas à déterminer si « les ZNIEFF sont des parcs ». Il pose une question plus générale :
comment construire des critères internationaux suffisamment cohérents pour s’appliquer à des systèmes administratifs qui ne fonctionnent pas tous comme celui des États-Unis ?
Pourquoi avoir attendu trois ans ?
C’est probablement le point sur lequel les critiques adressées à la gouvernance de POTA sont les plus difficiles à éluder.
Selon F5PYI, des milliers de ZNIEFF ont été intégrées progressivement dans la base POTA pendant environ trois ans.
La France serait ainsi passée d’environ 1 200 à plus de 14 000 références.
Si ces références étaient incompatibles avec les critères POTA, une question se pose inévitablement : comment leur nombre a-t-il pu augmenter à ce point avant qu’une intervention du Board ne survienne ?
Laurent Borde affirme également avoir adressé plusieurs documents au Board au début de l’année 2026 et être resté plusieurs mois sans réponse.
Nous n’avons pas pu vérifier indépendamment le contenu complet de ces échanges privés.
Mais la documentation officielle de POTA reconnaît elle-même l’existence de références historiques non conformes dans sa base. Elle prévoit que certaines puissent être corrigées ou désactivées progressivement, tandis que d’autres peuvent être conservées lorsque leur correction représenterait un travail disproportionné.
Le problème des références historiques n’est donc manifestement pas propre à la France.
291 327 QSO vont-ils réellement disparaître ?

C’est probablement le point sur lequel il faut être le plus prudent.
F5PYI évoque environ 291 327 QSO qui seraient « physiquement effacés » de la base.
Or la documentation officielle actuelle de POTA décrit un fonctionnement différent lorsqu’un parc est désactivé.
Dans ce cas, la référence n’accepte plus de nouveaux logs et disparaît de la carte des parcs actifs.
En revanche, POTA indique explicitement que les QSO historiques restent associés à cette référence, tout comme leurs liens avec les statistiques et les diplômes des activateurs et chasseurs.
Il existe donc actuellement une contradiction entre les conséquences annoncées par POTA France et la procédure normale de désactivation documentée par POTA.
Plusieurs possibilités existent : le Board pourrait envisager pour les ZNIEFF une procédure différente d’une désactivation classique ; les informations reçues par le représentant français pourraient être plus précises que la documentation publique ; ou l’ampleur de la suppression des données pourrait avoir été interprétée différemment.
Sans communication officielle supplémentaire du Board, il serait prématuré d’affirmer que près de 300 000 QSO français vont effectivement être effacés.
Les radioamateurs concernés ont néanmoins tout intérêt à conserver leurs fichiers ADIF originaux, indépendamment de l’issue du conflit.
Et les autres pays européens ?
F5PYI affirme que la problématique pourrait également toucher l’Allemagne, la Pologne, l’Italie, l’Espagne ou les pays scandinaves et évoque des difficultés antérieures au Royaume-Uni.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons toutefois pas trouvé de communication publique permettant de confirmer une opération de suppression d’une ampleur comparable dans ces pays.
Il faut donc distinguer deux choses.
La crise française est bien réelle : le représentant cartographique français a annoncé sa démission et le statut des références ZNIEFF est remis en cause.
L’existence d’une purge européenne généralisée, en revanche, reste à démontrer.
Cela pourrait évoluer rapidement dans les prochains jours si d’autres représentants nationaux prennent publiquement position.
Quelles solutions pour sortir de cette crise ?

La situation n’est pas nécessairement insoluble.
Une première possibilité serait de distinguer les ZNIEFF qui ne constituent effectivement qu’un inventaire scientifique de celles qui se superposent à un véritable dispositif de protection ou à un espace administrativement éligible à POTA.
Toutes les références ne seraient alors pas nécessairement traitées de la même manière.
Une deuxième solution pourrait consister à créer des critères internationaux mieux adaptés aux différents systèmes administratifs.
Plutôt que de chercher l’équivalent exact d’un « State Park » américain dans chaque pays, POTA pourrait définir des critères reposant davantage sur la reconnaissance officielle du territoire, son intérêt naturel, l’existence de limites vérifiables et son accessibilité.
Mais cette solution aurait une conséquence : elle augmenterait potentiellement énormément le nombre de références mondiales.
Et c’est précisément l’une des raisons avancées par POTA pour limiter son périmètre. Sa documentation explique que l’inclusion systématique des parcs locaux, partenariaux ou privés pourrait multiplier considérablement le nombre de références et dépasser les capacités des bénévoles et de l’infrastructure du programme.
Une troisième voie serait le grandfathering, autrement dit une clause d’antériorité : conserver les références créées et activées avant une certaine date, tout en appliquant les nouvelles règles uniquement aux futures créations.
POTA reconnaît déjà dans sa documentation que certaines références historiques non conformes peuvent parfois être considérées comme du « water under the bridge » lorsque leur correction serait trop complexe.
Enfin, si le retrait est maintenu, une désactivation sans destruction de l’historique permettrait au moins de préserver le travail réalisé par les activateurs et chasseurs depuis plusieurs années.
POTA n’est pas la seule manière d’activer des espaces naturels

Cette crise rappelle également que POTA n’est pas le seul programme radioamateur consacré aux opérations portables depuis des espaces naturels.
Le principal programme alternatif déjà bien établi est WWFF — World Wide Flora & Fauna in Amateur Radio.
WWFF est un programme international et non commercial consacré aux opérations radio depuis les espaces naturels protégés. Il annonce plus de 40 000 zones référencées dans le monde et s’appuie sur des coordinateurs et programmes nationaux.
Sa philosophie est assez proche de POTA mais son organisation et certaines de ses règles diffèrent. Les règles nationales peuvent notamment avoir priorité sur les règles générales WWFF.
Pour les radioamateurs appréciant avant tout l’association entre portable, radio et espaces naturels, WWFF constitue donc une alternative déjà mature.
Et une nouvelle alternative : PARC Community

Un autre projet mérite désormais d’être surveillé : PARC Community — Protected Area Radio Community.
Le service se présente comme une « alternative européenne libre aux programmes POTA et WWFF » et annonce une base de plus de 200 000 espaces protégés dans plus de 260 pays.
Fait particulièrement intéressant dans le contexte actuel : le projet indique explicitement prendre en compte les ZNIEFF françaises, mais également Natura 2000, les Espaces Naturels Sensibles, les réserves naturelles et les sites issus de la World Database on Protected Areas.
Le fonctionnement annoncé est familier : recherche d’une référence sur une carte, activation depuis la zone, réalisation d’un minimum de QSO, envoi d’un fichier ADIF, statistiques et diplômes.
Le projet semble donc adopter une philosophie beaucoup plus large concernant la définition d’un espace naturel admissible.
Il convient néanmoins de garder du recul : PARC Community n’a pas encore l’ancienneté, la communauté internationale ni le recul dont disposent POTA ou WWFF. Son développement, sa gouvernance et son adoption par les radioamateurs seront donc à observer.
À ce stade, nous n’avons par ailleurs pas établi de lien officiel entre PARC Community et la démission de F5PYI. La phrase publiée par ce dernier — invitant les opérateurs à conserver leurs logs car ils pourraient « bientôt être utiles » — alimente naturellement les interrogations, mais ne constitue pas une preuve d’un lien entre les deux événements.
Mise à jour – PARC Community, une alternative qui mérite d’être précisée 15/08/2026
Depuis la publication de cet article, plusieurs informations complémentaires nous ont permis de préciser la situation concernant PARC Community (Protected Area Radio Community).
Contrairement à ce que la chronologie récente autour de POTA France pourrait laisser penser, PARC Community n’est pas un projet créé dans l’urgence en réaction à la controverse concernant les ZNIEFF. Le projet est développé par Laurent Borde, F5PYI, et son développement était engagé bien avant les événements récents.
PARC Community se présente comme une alternative européenne libre aux programmes POTA et WWFF. Son principe reste très proche de ce que connaissent les amateurs d’activations portables, mais sa base de données intègre un éventail particulièrement large d’espaces naturels protégés : parcs nationaux et régionaux, réserves naturelles, sites Natura 2000, Espaces Naturels Sensibles (ENS), mais également les ZNIEFF françaises.
Ce dernier point prend évidemment une résonance particulière dans le contexte actuel. Alors que l’éligibilité des ZNIEFF au programme POTA fait aujourd’hui débat, PARC Community a fait le choix de les intégrer à son propre système de références.
Il serait cependant incorrect de présenter PARC Community comme un programme né spécifiquement de cette controverse ou comme une simple réponse à POTA. Les éléments que nous avons pu vérifier montrent qu’il s’agit d’un projet développé indépendamment et antérieurement aux événements actuels.
Cette précision nous paraît importante, aussi bien par souci d’exactitude envers son concepteur que pour permettre à chacun de se faire sa propre opinion sur les différentes initiatives aujourd’hui proposées aux radioamateurs amateurs d’activations en extérieur.
Concernant POTA, HamTech.fr a également décidé de solliciter directement l’équipe internationale du programme afin d’obtenir sa position officielle sur la situation française, notamment sur l’éligibilité des ZNIEFF, l’interprétation de la règle des niveaux administratifs et le devenir des activations et QSO déjà enregistrés sur les références éventuellement concernées.
Si une réponse officielle nous est communiquée, elle viendra naturellement compléter cet article afin que les différents points de vue puissent être présentés de la manière la plus fidèle possible.
Une crise qui dépasse finalement les seules ZNIEFF
Il serait tentant de résumer l’affaire à une opposition entre un Board américain et une communauté française mécontente.
La réalité apparaît plus nuancée.
D’un côté, les règles actuellement publiées par POTA donnent des arguments sérieux au Board : une ZNIEFF n’est juridiquement ni un parc ni, à elle seule, un espace légalement protégé, et elle ne répond pas nécessairement au critère de propriété et de gestion gouvernementales retenu par POTA.
De l’autre, laisser plusieurs milliers de références entrer dans le programme et être activées pendant plusieurs années avant de remettre brutalement leur admissibilité en question soulève de légitimes interrogations sur la gouvernance, le contrôle et la communication du programme.
Les systèmes européens de protection et d’inventaire de la nature sont également beaucoup plus difficiles à faire entrer dans une grille administrative uniforme conçue à l’origine dans un environnement nord-américain.
La meilleure issue serait probablement celle qui préserverait deux choses : la cohérence des règles futures et le travail passé des radioamateurs.
Car derrière les références et les bases de données se trouvent des milliers d’heures passées sur le terrain, des installations portables, des kilomètres parcourus et des centaines de milliers de contacts radio.
Quelle que soit l’issue de cette crise, une chose semble déjà acquise : elle ouvre un débat beaucoup plus large sur ce que doit être, en 2026, un programme international d’activation des espaces naturels.
Et peut-être aussi sur la nécessité d’adapter ses règles à la diversité administrative du monde qu’il prétend couvrir.
HamTech.fr suivra naturellement l’évolution de cette affaire et les éventuelles communications officielles de Parks on the Air ainsi que les réactions des autres communautés européennes.

📻 Mise à jour concernant la situation de POTA France 16/08/2026
À la suite de notre article consacré à la situation actuelle de POTA France, Kevin Thomas (W1DED), membre du Board de Parks on the Air et responsable de l’équipe communication, a pris directement contact avec HamTech.fr.
Il nous a proposé de répondre aux questions soulevées par la communauté française et de préparer une réponse qui sera examinée avec le Board de POTA avant de nous être transmise.
Nous lui avons donc adressé nos questions concernant notamment les ZNIEFF, les critères d’éligibilité des références, l’interprétation des règles POTA en France, ainsi que le devenir des références, activations et QSO éventuellement concernés.
Nous attendons maintenant leur retour et publierons bien entendu la réponse de POTA sur HamTech.fr, afin que chacun puisse prendre connaissance directement et sans intermédiaire de la position du Board.
Un grand merci à Kevin et à l’équipe POTA d’avoir pris l’initiative de nous contacter et d’avoir accepté de répondre aux interrogations de la communauté.
Artcile généré par Chat GPT sous la supervision d’un Humain!
Fremont
Analyse très intéressante. Merci
F4EPP



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