Le Radôme de Pleumeur-Bodou : quand la Bretagne recevait les premières images venues de l’espace
Il existe, au cœur des Côtes-d’Armor, une immense sphère blanche qui semble tout droit sortie d’un film de science-fiction des années 1960.
Visible de loin dans le paysage breton, le Radôme de Pleumeur-Bodou est aujourd’hui l’un des monuments les plus emblématiques de l’histoire française des télécommunications.
Mais derrière cette gigantesque enveloppe blanche se cache surtout une aventure technologique extraordinaire.
Dans la nuit du 10 au 11 juillet 1962, c’est ici que furent reçues en France les premières images télévisées transmises en direct depuis les États-Unis par l’intermédiaire d’un satellite.
La mondovision venait de naître.
Avant les satellites, traverser l’Atlantique était un défi
À la fin des années 1950, les télécommunications internationales reposent encore principalement sur les câbles sous-marins et les faisceaux hertziens terrestres.
Le premier câble téléphonique transatlantique permet d’établir des communications entre l’Europe et l’Amérique du Nord, mais ses capacités restent extrêmement limitées. La télévision en direct entre les deux continents demeure, elle, pratiquement impossible.
Pour diffuser des images américaines en Europe, il faut enregistrer les programmes sur bande magnétique avant de transporter physiquement les enregistrements par avion.
Pendant ce temps, la guerre froide accélère brutalement la conquête spatiale.
Le 4 octobre 1957, l’Union soviétique place Spoutnik 1 en orbite.
Le premier satellite artificiel de l’histoire provoque un véritable électrochoc aux États-Unis.
Très rapidement, une idée prend forme : utiliser l’espace pour transmettre des communications.
Téléphone, données… et télévision.
Telstar, un relais radio dans l’espace

Le projet Telstar va concrétiser cette idée.
Contrairement aux satellites géostationnaires que nous connaissons aujourd’hui, Telstar 1 évolue sur une orbite terrestre qui ne lui permet d’être visible depuis une station au sol que pendant une période relativement courte.
Les communications ne peuvent donc être établies que lors du passage du satellite au-dessus de l’Atlantique.
Il faut suivre précisément sa trajectoire.
Et surtout, il faut être capable de recevoir un signal extrêmement faible provenant de l’espace.
Pour cela, d’immenses stations terrestres sont construites de chaque côté de l’océan.
Aux États-Unis, la station d’Andover est installée dans le Maine.
En France, le Centre national d’études des télécommunications, le CNET, doit choisir un site capable d’accueillir la future station spatiale française.
Pourquoi Pleumeur-Bodou ?
Pierre Marzin, alors directeur du CNET et originaire de Bretagne, joue un rôle majeur dans le choix de Pleumeur-Bodou.
Le site breton présente plusieurs avantages.
La région est relativement éloignée des grandes zones industrielles et de leurs perturbations radioélectriques. Sa position géographique, tournée vers l’Atlantique, est également particulièrement intéressante pour établir des liaisons avec l’Amérique du Nord.
À proximité, Lannion possède déjà une importante activité dans le domaine des télécommunications.
Le gouvernement français accepte le défi.
La France participera à l’expérience Telstar.
Mais le calendrier est extrêmement serré.
La station doit être opérationnelle pour le lancement du satellite américain.
Un chantier colossal réalisé en neuf mois


La construction de la station de Pleumeur-Bodou commence dans une véritable course contre la montre.
En seulement neuf mois, une installation totalement hors norme sort de terre.
Le cœur du système est l’antenne PB1, pour « Pleumeur-Bodou 1 ».
Il ne s’agit pas d’une parabole classique.
PB1 est une gigantesque antenne-cornet de 340 tonnes capable de tourner sur 360 degrés et de modifier son élévation afin de suivre le déplacement du satellite dans le ciel.
L’ensemble est installé sur un rail circulaire et repose sur une imposante infrastructure en béton.
Mais une difficulté majeure apparaît.
Comment protéger une mécanique aussi gigantesque du vent, de la pluie et des conditions météorologiques bretonnes sans perturber les signaux radio ?
La réponse tient dans un mot : le radôme.
Une bulle géante transparente aux ondes radio

Le principe du radôme est aussi simple que spectaculaire.
L’antenne est entièrement enfermée dans une immense enveloppe sphérique.
À Pleumeur-Bodou, cette sphère mesure environ 50 mètres de hauteur et 64 mètres de diamètre.
Son enveloppe en Dacron ne mesure qu’environ deux millimètres d’épaisseur.
La structure est maintenue gonflée en permanence grâce à une légère surpression intérieure.
Environ 100 000 mètres cubes d’air remplissent cette gigantesque bulle.
Le matériau utilisé protège l’antenne des intempéries tout en laissant passer les ondes radio avec une atténuation suffisamment faible pour permettre les communications avec le satellite.
Pour les habitants de la région, le spectacle est incroyable.
Au début des années 1960, voir apparaître une gigantesque sphère blanche au milieu de la campagne bretonne a quelque chose d’irréel.
Le chantier mobilise jusqu’à 1 250 personnes.
Jour et nuit, ingénieurs et techniciens travaillent pour tenir le calendrier.
Le rendez-vous avec l’espace approche.
10 juillet 1962 : Telstar quitte la Terre

Le 10 juillet 1962, Telstar 1 est lancé depuis Cap Canaveral aux États-Unis.
Le satellite ne mesure que 87 centimètres de diamètre.
Une petite sphère bardée de cellules solaires qui paraît presque insignifiante face aux installations gigantesques construites au sol.
Pourtant, ce satellite expérimental doit servir de relais radio entre l’Amérique et l’Europe.
À Pleumeur-Bodou, les équipes se préparent.
L’antenne PB1 balaie l’horizon.
Son immense cornet s’oriente vers le ciel.
Il faut attendre que Telstar devienne visible depuis la Bretagne.
Dans la station, la tension est immense.
190 techniciens et environ 150 journalistes assistent à l’événement.
Personne ne sait réellement si l’expérience fonctionnera.
11 juillet 1962, 0 h 47 : les images arrivent d’Amérique
Puis, à 0 h 47, le signal est acquis.
Sur les écrans de contrôle apparaissent des images provenant directement des États-Unis.
Elles ont traversé l’Atlantique sans câble.
Le signal est parti d’une station terrestre américaine.
Il a été envoyé vers Telstar.
Le satellite l’a reçu, amplifié puis retransmis vers la Terre.
À Pleumeur-Bodou, l’antenne PB1 a capté ce signal venu de l’espace avant que les images ne soient injectées dans le réseau de la RTF.
Dans la salle de contrôle, c’est l’explosion de joie.
Les applaudissements éclatent.
La liaison fonctionne.
Pour la première fois, une liaison télévisée directe par satellite est établie entre les États-Unis et l’Europe.
Une nouvelle ère des télécommunications vient de commencer.
Derrière la télévision, un exploit radio


Pour les passionnés de radio que nous sommes, l’histoire du Radôme prend une dimension particulière.
Car derrière les images de télévision se cache avant tout une extraordinaire liaison radio.
Le défi consiste à recevoir depuis l’espace un signal de très faible puissance.
L’antenne doit disposer d’un gain considérable.
Son pointage doit être extrêmement précis.
La chaîne de réception doit générer le moins de bruit possible.
Et l’ensemble doit suivre un satellite qui se déplace rapidement dans le ciel.
Nous sommes en 1962.
Pas de GPS.
Pas d’ordinateur personnel.
Pas de logiciel de poursuite satellite installé sur un PC portable.
Les ingénieurs travaillent avec les technologies disponibles à l’époque : calculateurs, systèmes électromécaniques, électronique analogique et équipements hyperfréquences spécialement développés pour l’expérience.
Lorsque l’on pratique aujourd’hui la réception satellite avec une clé SDR, un logiciel de poursuite et quelques antennes, il est difficile de ne pas penser au chemin parcouru.
PB1 représente en quelque sorte l’ancêtre gigantesque de nos stations de réception satellite modernes.
Pleumeur-Bodou devient une porte d’entrée vers le monde
Le succès de Telstar transforme Pleumeur-Bodou.
Le Centre de Télécommunications Spatiales se développe rapidement.
De nouvelles antennes apparaissent sur le site.
Pendant plusieurs décennies, des communications internationales transitent par la Bretagne.
-Télévision.
-Téléphone.
-Données.
Les signaux venus du monde entier entrent en France par les grandes antennes de Pleumeur-Bodou.
Le site participe également à quelques-uns des événements télévisuels les plus marquants du XXe siècle.
Les communications spatiales deviennent progressivement une technologie quotidienne.
Ce qui relevait presque de la science-fiction en juillet 1962 devient une infrastructure essentielle du monde moderne.
La fin de PB1
Les technologies évoluent rapidement.
Les satellites géostationnaires révolutionnent les télécommunications spatiales.
Contrairement à Telstar, ils semblent immobiles dans le ciel lorsqu’ils sont observés depuis la Terre.
Les antennes n’ont plus besoin de poursuivre en permanence un satellite traversant rapidement l’horizon.
De nouvelles stations, équipées de grandes paraboles, sont construites.
L’antenne PB1 et son gigantesque radôme deviennent progressivement obsolètes.
En 1985, le Radôme cesse définitivement son activité opérationnelle.
Il aurait pu disparaître.
Aux États-Unis, le radôme associé à la station d’Andover sera détruit.
En France, une autre décision est prise.
Le Radôme de Pleumeur-Bodou sera conservé.
Un monument historique des télécommunications




Un musée consacré aux télécommunications est progressivement développé sur le site.
Le Radôme devient le symbole de cette histoire.
En septembre 2000, il est classé Monument historique et reçoit également le label consacré au patrimoine architectural du XXe siècle.
Aujourd’hui, l’antenne PB1 existe toujours.
Elle repose sous son immense sphère blanche, conservée comme un témoin unique des débuts des télécommunications spatiales.
Le site fait désormais partie de la Cité des télécoms de Pleumeur-Bodou.
Et lorsque l’on se retrouve au pied de cette antenne de 340 tonnes, il est difficile de ne pas imaginer la tension qui régnait ici dans la nuit du 11 juillet 1962.
Une petite sphère de 87 centimètres passait alors dans le ciel.
Une gigantesque antenne bretonne tentait de l’accrocher.
À 0 h 47, un signal apparut sur les écrans.
Quelques images venues d’Amérique.
Cela paraît presque banal aujourd’hui.
Pourtant, cette nuit-là, à Pleumeur-Bodou, le monde venait de devenir un peu plus petit.
Et l’histoire des télécommunications entrait définitivement dans l’ère spatiale.
Article généré par Chat GPT
f4fap
Tout est bien dit. Aujourd’hui on oublie que la France était leader dans de nombreux domaines technologiques dès les années 50. Cette première mondiale en fût un bel exemple.
f4fap
Je me rappelle que dans les années 70 & 80, on disait « Pleumeur-Bodou » pour signifier « communication intercontinentale par satellite ».
3 comments